Christian Benoist

Qu’elle se fasse horizon aux promesses lointaines, bien que souvent bouché ; qu’elle se fasse nuage, sombre autant que menaçant - gorgé à en crever ; qu’elle se fasse miroir aux reflets glauques autant que croupissants, l’eau, tient une place tout à fait essentielle dans l’œuvre de Christian Benoist. Qu’elle soit claire, ou souillée, qu’elle soit libre, ou contrainte, avenante, ou sournoise, tantôt enveloppante, tantôt vertigineuse, elle n’y tient cependant jamais la première place - acteur de second plan dirait-on au théâtre - jamais sur le devant de la scène. Mais elle tient son rôle ; et le tient bien, dans la dramaturgie toute singulière du peintre.

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Ce qui me frappe dans l’œuvre de Christian, aujourd’hui plus que jamais, c’est cet art délicat de conduire quiconque consentant à lui prendre la main, sur l’« autre scène ». Tel Dante saisissant la main de Virgile, Christian entraîne le spectateur sur les planches instables de son théâtre intime – instables mais solides ; et dans ce mano a mano sublime, c’est sur une toute autre scène qu’il nous convoque, la nôtre, intime et singulière. Par surprise, par effraction.

Chaque fois que j’ai la chance de me perdre dans la contemplation d’une de ses toiles, je suis saisi par l’impression diffuse d’une étrange familiarité ; je sens confusément que s’y joue ma partie ; le tableau devient mon petit théâtre à moi ; nostalgique et secret ; une scène où se déploient les plis et replis de ma propre mythologie. Je ne sais rien de ce que nous donne à voir Christian, cependant, je m’y retrouve. Je m’y reconnais. Etranges retrouvailles. Délicieuses autant que bouleversantes. Inquiétantes aussi. Cette « inquiétante étrangeté ».

Tout le talent de Christian – le sait-il lui même – tient à cette faculté rare de remettre en lumière, cette autre scène – part d’ombre de nos désirs obscurs, celle qui fait de nous ce que nous sommes. Il nous renvoie inlassablement à nos jardins secrets jusque là délaissés ; il ravive ce qui, de nos rêves renoncés, de nos fantasmes muselés ou tus, n’a de cesse de ne pas s’oublier.

On pourrait croire, un peu hâtivement que Christian Benoist est le peintre de la décrépitude, de la mélancolie, voire de la mort – il y avait une vie ici… Je crois qu’il n’en est rien. Christian est le peintre de nos rêves jamais irrémédiablement sacrifiés, de nos fantasmes jamais absolument abolis : quand tout semble perdu, reste toujours un ultime espoir, une ultime chance de vie. Et c’est probablement là, à cette place, que l’eau joue sa partie, son rôle, en toute discrétion. Par cette présence obstinée, l’artiste fait une promesse : la promesse que, malgré les vicissitudes, tout est encore possible ; que nos jardins merveilleux ne resteront pas désespérément asséchés.

Par son œuvre, Christian nous prouve une chose : que lui, pour ce qui est des rêves, des fantasmes, des jardins merveilleux, il n’a pas renoncé…

 

Jean François Capp,

Auteur et metteur en scène.

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Vertigo - 2016 - 146x97 cm - huile sur toile
Vertigo - 2016 - 146x97 cm - huile sur toile
Marée basse - 2018 - 100x100 cm - huile sur toile
Marée basse - 2018 - 100x100 cm - huile sur toile
Demeure - 2017 - 65x65 cm - huile sur toile
Demeure - 2017 - 65x65 cm - huile sur toile
Cap - 2018 - 46x46 cm - huile sur toile
Cap - 2018 - 46x46 cm - huile sur toile
Edicules jumeaux - 2018 - 46x61 cm - huile sur toile
Edicules jumeaux - 2018 - 46x61 cm - huile sur toile
Dos à dos - 2018 - 65x92 cm - huile sur toile
Dos à dos - 2018 - 65x92 cm - huile sur toile
Curiosité - 2018 - 46x38 cm - huile sur toile
Curiosité - 2018 - 46x38 cm - huile sur toile
La promesse - 2018 - 114x195 cm - huile sur toile
La promesse - 2018 - 114x195 cm - huile sur toile
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