Paul Bergignat

Paysages inachevés

Fabrizio Migliorati
Philosophe
Le regard de Paul Bergignat ne se situe pas sur le paysage, mais dans celui-ci. Nous nous retrouvons à l’intérieur de ces paysages inachevés qui, avec leur extrême précision, fuient toute description. Toiles terminées qui gardent en elles l’essence-même de l’inachèvement de la vie.

lire plus

Taches de lumière diffuses qui délaient tout mot. Voici que les yeux de Bergignat se dévoilent et se voient constitués de la même matière qu’ils narrent : le brouillard.
Plongés dans cette atmosphère et alignés sur une ou plusieurs lignes avec une régularité naturelle, des rangs d’arbres se présentent devant nous. L’horizon n’est pas unique, mais multiplié, diversifié, composé de plusieurs lignes. Une possibilité déstabilisante structure donc un schéma préalablement très clair. Mais c’est la clarté de notre pensée, et non pas celle de la composition, qui en paie les conséquences. La vision contemplative est remise en question par l’enrichissement visuel que Bergignat réalise à travers sa résolue discrétion. Ici il est impossible d’affirmer la présence d’une quelconque unité. Le regard se trouve dans le paysage, les yeux sont constitués de brouillard et la vision est rayée. Le bulbe de l’œil, griffé par une surface contondante, perçoit un paysage répété et différencié. L’unité de la vision n’existe plus: tout juste un miroir brisé qui réplique et invertie les zones visibles.

C’est le geste du silence extrême : au-delà de tout silence. Quand il n’y a plus de bruit, de bourdonnement, c’est bien la perception qui est attaquée car elle commence à se percevoir, à sentir son propre poids : celui d’une charge certaine. Voici qu’elle s’ouvre, se brise et le paysage se multiplie. Cette action confesse l’intolérance vers la perception claire et c’est dans la réitération (toujours différente et différentiée) qu’une profonde sincérité trouve le ses fondements.

Pénétrant dans les zones ombrageuses de ces forêts bien rangées, nous outrepassons toute accidentalité mortelle. Au lieu de la mort, nous rencontrons la vie éternelle, mais dépourvue de toute joie vitalistique. Les hommes sont arrivés jusqu’ici pour assister au spectacle de l’élixir d’une vie sans terminus. Les arbres sombres et filiformes possèdent une dureté semblable à celle des statues de Giacometti : elles sont inattaquables, immortelles. Elles ne connaissent pas la mort et ces paysages sont justement et faussement inachevés parce que nous ne pouvons pas en percevoir la fin.

Le regard de Paul Bergignat se révèle être comme une pure tendance vers l’infini.

Réduire

On the road again (746) - 50 x 150 cm - huile sur toile - 2017
On the road again (746) - 50 x 150 cm - huile sur toile - 2017
Les yeux plissés II  (959) - 80 x 80 cm - huile sur toile - 2017
Les yeux plissés II (959) - 80 x 80 cm - huile sur toile - 2017
Intemporel (960) - 100 x 100 cm - huile sur toile - 2017
Intemporel (960) - 100 x 100 cm - huile sur toile - 2017
Imaginer (992) - dyptique 200 x 120 cm - huile sur toile - 2017
Imaginer (992) - dyptique 200 x 120 cm - huile sur toile - 2017
Pause - 97 x 130 cm - huile sur toile - 2016
Pause - 97 x 130 cm - huile sur toile - 2016
Au delà du noir (964) - 100 x 100 cm - huile sur toile - 2017
Au delà du noir (964) - 100 x 100 cm - huile sur toile - 2017
Artiste Précédent
Artiste Suivant